Présentation par Radio-Canada Sports
Claudia Schiocchet : L'histoire d'une culturiste au-delà des apparences
Derrière chaque corps sculpté se cache une histoire. Celle de Claudia Schiocchet mérite d'être racontée, car elle va bien au-delà de la simple performance sportive.
– Un sport qui redéfinit le pouvoir féminin
Le culturisme féminin suscite souvent des jugements hâtifs. Pourtant, derrière les bikinis à strass et les poses sur scène se trouve une discipline exigeante. Claudia pratique ce sport pour atteindre ses objectifs personnels, non pour répondre aux attentes d'autrui.
Son corps actuel n'est pas celui qu'elle reconnaît au quotidien. Elle l'a construit spécifiquement pour la compétition. Les compliments masculins ne l'intéressent pas. Sa définition musculaire n'a rien à voir avec la sexualisation. Pour elle, le culturisme représente avant tout un moyen d'empowerment (autonomisation) féminin(e).
– L'approche d'une compétition majeure
La veille d'une compétition nationale, l'atmosphère est électrique. Le lieu accueillera les sessions de bronzage, les enregistrements et la réunion des athlètes. Ce championnat canadien déterminera qui obtiendra la précieuse carte professionnelle.
Pour Claudia, l'objectif est clair. Elle vise la victoire et la carte pro. La deuxième place n'entre pas dans ses plans. Cette détermination guide chacune de ses actions.
– Les préparatifs minutieux
Huit jours avant le grand jour, Claudia retrouve Naomi, sa créatrice de bikinis. Ces moments sont toujours chargés d'émotion. Le bikini de compétition n'est pas un simple maillot. Orné de cristaux Swarovski authentiques, il est conçu sur mesure.
Lorsqu'on enfile ce type de tenue, on se sent transformée. Les cristaux brillent sous les projecteurs et captent l'attention des juges. La qualité se voit immédiatement. Naomi est convaincue que ce bikini accompagnera Claudia vers sa carte pro.
– Une alimentation d'une précision chirurgicale
La nutrition d'une culturiste suit un protocole strict. Le deuxième repas de Claudia se compose d'une boîte de thon, cent grammes de patate douce et des choux de Bruxelles. Le troisième repas est quasi identique.
Les repas quatre et cinq incluent des protéines riches en lipides. Saumon et steak sont au menu. Avant le coucher, le sixième repas comprend six blancs d'œufs. Rien n'est laissé au hasard.
– Les blessures du passé
L'histoire de Claudia avec la nourriture remonte à son adolescence. À douze ans, elle a développé un trouble alimentaire sévère. Certains jours, elle ne mangeait rien du tout. D'autres fois, elle consommait tout ce qu'elle trouvait. Il lui arrivait aussi de se faire vomir.
Sa mère a découvert la situation grâce à un professeur de l'école. La surprise était totale. La famille a rapidement consulté des spécialistes. Les séances de thérapie hebdomadaires ont commencé. C'est à ce moment que la douleur de Claudia est devenue visible. Elle ne pouvait plus se cacher.
L'exercice révélateur
La thérapeute a proposé un exercice marquant. Elle a demandé à Claudia de tracer son corps tel qu'elle le percevait. Ensuite, elle devait s'allonger sur une feuille pendant que la psychologue traçait sa silhouette réelle.
Le contraste était saisissant. La silhouette réelle était bien plus petite que celle imaginée. Cette prise de conscience a été un déclic. Claudia a compris qu'elle avait un problème de perception corporelle.
– Le jour J moins un
La première séance de bronzage a lieu la veille de la compétition. Le "tanning" est une étape particulière du processus. L'athlète se tient nue pendant qu'on la pulvérise avec une peinture orange-noir. Cette coloration fait ressortir la définition musculaire.
Sans bronzage, les muscles ne sont pas visibles sous les projecteurs. La peau claire réfléchit simplement la lumière. Les juges ne peuvent alors pas évaluer correctement le travail accompli.
– L'expertise d'une coach professionnelle
Ginette Delhaes pratique le culturisme depuis l'âge de dix-huit ans. Elle a participé à trente compétitions au cours de sa carrière. En 2009, elle a obtenu sa carte professionnelle. Depuis, elle entraîne des athlètes grâce à son expérience.
Elle travaille avec Claudia depuis environ un an. Lors de leur première rencontre, elle a été impressionnée. La génétique de Claudia était exceptionnelle. C'était une base idéale pour progresser.
– La catégorie Bikini Wellness
Le culturisme féminin comprend plusieurs catégories. Claudia concourt en Bikini Wellness. Cette division est la plus récente au Québec. Elle valorise la symétrie et l'harmonie du physique.
Les athlètes de cette catégorie sont légèrement plus musclées que dans d'autres divisions. L'accent est mis sur les jambes et les fessiers. L'ensemble doit rester équilibré et esthétique.
Le compagnon de Claudia, Rickie, participe également aux compétitions. Cette compréhension mutuelle facilite les périodes de préparation intensive.
– Les ajustements de dernière minute
Huit jours avant la compétition, Ginette affine les derniers détails. Elle sait que Claudia aura ses menstruations quelques jours avant le show. Tout devrait être terminé à temps, mais il faut éliminer la rétention d'eau.
Trois des quatre repas de légumes sont composés d'asperges. Ce légume aide à éliminer l'eau retenue dans les tissus. L'hydratation doit provenir uniquement d'eau en bouteille. Chaque détail compte.
– La semaine décisive
Six jours avant le show, Claudia peut s'offrir un petit plaisir. Elle achète un morceau de chocolat. Ce n'est pas une simple gourmandise. Avant de monter sur scène, il faut "pomper" les muscles avec du sucre rapide.
Le sucre fait ressortir les veines, signe d'un faible taux de graisse corporelle. Certains athlètes utilisent des suppléments pour dilater leurs veines. Claudia préfère une approche plus naturelle. De toute façon, elle aime le sucre.
L'hydratation extrême
Ce jour-là, l'objectif est de boire neuf litres d'eau. Les bidons s'accumulent. Cela représente trente et un litres pour toute la semaine. Le poids est considérable à transporter.
Au supermarché, Claudia passe devant le rayon des alcools. Le bon vin blanc lui manque. L'alcool est strictement interdit en période de préparation. Il contient des calories et des glucides inutiles. Surtout, il nuit à la santé.
Chaque aliment consommé a une fonction précise. On ne mange pas pour le goût ou le plaisir. La nourriture devient du carburant, rien de plus.
– Le jour de la compétition
Les bijoux et accessoires attirent l'œil des juges. Ces détails peuvent faire la différence. Lorsque deux athlètes ont un niveau similaire, le "je-ne-sais-quoi" détermine le classement.
Ginette joue un rôle de soutien total. Elle aide les athlètes à pomper leurs muscles dans les coulisses. Elle colle les maillots et vérifie le bronzage. Ensuite, elle conseille sur l'alimentation et l'hydratation. Et enfin, elle fait répéter les poses encore et encore.
Le Glaze : l'huile magique
Le Glaze est une huile très fine appliquée sur la peau. Elle crée un effet légèrement lustré qui fait ressortir les muscles. Cependant, la quantité doit être parfaite. Trop d'huile crée un aspect trop brillant. La définition musculaire disparaît alors sous les reflets.
– Une étudiante avant tout
Claudia poursuit ses études universitaires à temps plein. Elle se spécialise en sciences de l'environnement. Le fitness et le culturisme restent une passion, pas une carrière. Ce sport lui a offert une structure salvatrice.
L'alimentation contrôlée l'a aidée à changer sa relation avec la nourriture. Elle comprend maintenant que manger est fonctionnel. C'est l'essence qu'on met dans un véhicule pour le faire avancer.
– L'art de la sculpture corporelle
La musculation est un art selon Ginette. Les athlètes présentent quelque chose qu'ils ont sculpté pendant des mois. Avec Claudia, le focus se concentre sur le bas du corps. Développer davantage les jambes et les fessiers améliore la symétrie.
Claudia consacre entre quinze et vingt heures par semaine à son physique. L'entraînement n'est qu'une partie du travail. Le posing, ou l'art de prendre les poses, demande une pratique constante. La fluidité des mouvements doit sembler naturelle.
– Le pré-jugement
Le matin de la compétition commence par le pré-jugement. C'est là que les juges évaluent tous les athlètes. Ils les comparent directement et les font changer de position. L'hydratation est légèrement réduite ce jour-là.
Des crampes peuvent survenir pendant les poses. L'équipe garde du sel, de l'eau et des boissons électrolytiques à portée de main. Le stress monte dans les coulisses. Malgré des mois de préparation, tout se joue en quelques minutes.
Sur scène, l'important est de regarder chaque juge individuellement. Le sourire doit être authentique, pas forcé. Claudia veut transmettre sa fierté et son travail. Elle mérite d'être au centre du plateau.
Un placement prometteur
Claudia est gardée au milieu lors du pré-jugement. C'est un excellent signe. Ce positionnement indique qu'elle a de fortes chances de victoire. L'émotion est intense.
– Le chemin parcouru
À douze ans, Claudia était une enfant en souffrance. La haine d'elle-même consommait toutes ses pensées. Pour ses parents, cette période a été l'une des plus difficiles de leur vie. L'évolution depuis est remarquable.
Regarder en arrière suscite de la tristesse. Tant de méchanceté envers soi-même, tant de pression inutile. Ses parents se sont parfois demandé s'ils avaient contribué à créer cette pression. Ils ont toujours été un couple sportif et actif.
Les comparaisons blessantes
Les commentaires sur l'apparence de sa mère créaient de l'insécurité chez la jeune Claudia. C'est probablement ainsi que le trouble a commencé. Aujourd'hui, sa mère est heureuse de voir sa fille trouver du bonheur dans son alimentation. Claudia voit la nutrition comme un outil d'amélioration sportive.
– La finale et la victoire
Le corps n'est qu'un corps. Il ne devrait pas être sexualisé. Le fait de se donner la permission de transformer son physique est libérateur. Montrer le résultat de son travail dans un contexte non sexuel procure un sentiment de pouvoir immense.
Les parents de Claudia sont fiers de ce qu'elle accomplit. Elle se construit des outils aujourd'hui pour son avenir. Son focus, sa détermination et sa volonté sont extraordinaires.
Ils savent que leur fille est cent pour cent naturelle. La voir performer dans un environnement pas toujours propre est tout à son honneur. Elle maintient ses valeurs et son intégrité.
Le moment tant attendu
L'annonce résonne dans la salle. La gagnante de la catégorie Wellness, numéro 134 : Claudia Schiocchet. C'est accompli. Elle est devenue professionnelle. Son rêve s'est réalisé.
Tous les sacrifices en valaient la peine. Les réveils à cinq heures du matin pour le cardio à jeun. Les innombrables asperges. Les neuf litres d'eau quotidiens. Elle referait tout sans hésiter.
– Et après la victoire
Le lendemain de sa victoire amateur, Claudia a participé à sa première compétition professionnelle. Elle a terminé en troisième position. Un début prometteur dans cette nouvelle étape de sa carrière.
Le parcours de Claudia illustre comment un sport peut devenir un outil de résilience. De la jeune fille en souffrance à l'athlète professionnelle, elle a transformé sa relation avec son corps. Le culturisme lui a permis de reprendre le contrôle.
– Conclusion
L'histoire de Claudia Schiocchet vous rappelle que chaque corps athlétique cache un parcours unique. Le culturisme féminin n'est pas qu'une question d'apparence. C'est une discipline qui demande rigueur, sacrifice et détermination.
Ce sport a permis à Claudia de transformer un trouble alimentaire en relation saine avec la nourriture. Vous comprenez maintenant que ces athlètes ne se préparent pas pour être sexualisées. Elles sculptent leur corps pour atteindre leurs objectifs personnels.
La carte professionnelle de Claudia représente bien plus qu'une victoire sportive. C'est le symbole d'une reconstruction personnelle. Son histoire inspire toutes les personnes qui luttent avec leur image corporelle.
Le culturisme devient ainsi un outil d'empowerment (autonomisation). Il offre la possibilité de reprendre le contrôle de son corps et de sa vie. Derrière chaque pose sur scène se cache un travail acharné et souvent une histoire de résilience.
